Ceux qui croient sans avoir vu

26 avril 2020

« L’Éternel est ma lumière et mon salut

De qui aurais-je crainte ?

L’Éternel est le refuge de ma vie

De qui aurais-je peur ?

Si une armée s’élevait contre moi

Mon cœur n’aurait aucune crainte

Si une guerre s’élevait contre moi

Je serais malgré cela plein de confiance »

Psaume 27.1,3

 

L’épreuve dure, et l’issue en est comme de plus en plus incertaine.

L’inquiétude et la tension se font de plus en plus palpables, et la confiance et l’unité de plus en plus nécessaires.

Mais nous savons où les chercher, et mieux encore : où les trouver. Nous savons auprès de qui toutes les puissances de mort sont déjà vaincues, éradiquées.

Nous croyons que le Dieu d’Israël est notre Sauveur et le Sauveur du monde, en Jésus-Christ ressuscité.

Nous le croyons parce qu’il nous a fait grâce, alors que nous étions prisonniers des ténèbres et de l’ombre de la mort, où le péché nous avait plongés

Nous le croyons parce qu’il rompu nos liens, parce qu’il a brisé les portes de bronze et rompu les verrous de fer…

C’est pourquoi nous le célébrons pour sa bienveillance et pour ses merveilles en faveur des humains !                            Ps 107.14-16

Voilà comment nous demeurons pleins de confiance, unis dans la lumière, le salut et la louange de notre Dieu :

 « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour une espérance vivante, pour un héritage qui ne peut ni se corrompre, ni se souiller, ni se flétrir et qui vous est réservé dans les cieux, à vous qui êtes gardés en la puissance de Dieu, par la foi, pour le salut prêt à être révélé dans les derniers temps.

Vous en tressaillez d’allégresse, quoique vous soyez maintenant, pour un peu de temps, puisqu’il le faut, affligés par diverses épreuves, afin que votre foi éprouvée – bien plus précieuse que l’or périssable, cependant éprouvé par le feu – se trouve être un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la révélation de Jésus-Christ.

Vous l’aimez sans l’avoir vu. Sans le voir encore, vous croyez en lui et vous tressaillez d’une allégresse indicible et glorieuse, en remportant pour prix de votre foi le salut de vos âmes. »

1Pi 1.3-9

 

Le Dieu créateur a tenu sa promesse, parce qu’il est amour ! Il est venu, en Jésus-Christ, apporter la délivrance. Il est ressuscité, pour la joie et le salut du monde…

Chantons à notre libérateur ! À Dieu soit la gloire, pour son grand amour !

https://www.youtube.com/watch?v=_829dyWoqU0

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Dans l’Évangile selon Jean, 20.19-291, lisons à nouveau, ce dimanche, la révélation du Ressuscité aux disciples confinés…

« Le soir de ce jour (où Marie-Madeleine avait vu le Seigneur vivant), le premier jour de la semaine, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient fermées, par la crainte qu’ils avaient des Juifs.

Jésus vint, et debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous !

Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent en voyant le Seigneur.

Jésus leur dit de nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie.

Après ces paroles, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.

Thomas, appelé Didyme, l’un des douze, n’était pas avec eux, lorsque Jésus vint. Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur.

Mais il leur dit : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets mon doigt à la place des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point.

Huit jours après, les disciples de Jésus étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vint, les portes étant fermées, et debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous !

Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance aussi ta main et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais crois !

Thomas lui répondit : Mon Seigneur et mon Dieu !

Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! » 

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Puisque telle est notre situation, et une situation qui dure, demeurons cette semaine encore avec les disciples confinés à Jérusalem. Confinés par la peur, libérés par le Ressuscité…

Et demeurons en particulier avec Thomas. Il est la figure principale de ce récit, avec Jésus bien sûr – quoique pour Jésus, les personnages principaux de ce récit et de tout l’Évangile, ce sont les hommes, les disciples qu’il est venu appeler et qu’il appellera à lui, jusqu’à son retour. Le principal, pour Jésus, c’est notre salut. Comme le salut de Thomas.

Thomas est le seul disciple nommé, dans ce récit de la révélation du Ressuscité. Pourquoi ? Parce qu’il a beaucoup à nous dire, sur notre foi, notre foi en Christ ressuscité. Parce qu’il est celui dans lequel nous sommes invités à nous reconnaître, en tant que chrétiens.

Ce qui ne signifie pas, je tiens à le préciser, que ce message ne s’adresse qu’aux chrétiens. J’espère bien que non, et si toi, lecteur, tu ne l’es pas, soit le bienvenu ! Jésus n’appartient pas aux chrétiens, grâce à Dieu…

Le seul disciple nommé, donc… Est-ce à dire le croyant modèle ? Pourtant, et malgré son premier rôle, Thomas est celui qui n’a pas cru, l’incrédule qui voulait voir. Comment dès lors pourrait-il être un modèle de foi ? Tant il est primordial et incontestable à la foi que « Jésus-Christ est ressuscité » ; tant ce à quoi il n’a pas cru nous est incomparablement précieux ! C’est pourquoi Thomas inspire aux croyants une réprobation instinctive, que seule vient tempérer l’indulgence de Jésus envers lui. Un modèle, oui, mais le modèle de l’incrédulité qu’il ne faut pas, qu’il ne faut plus commettre…

Et pourtant, pas un reproche envers Thomas dans la bouche de Jésus. Il ne le maudit pas, comme il a maudit le pauvre Judas… « Mieux vaudrait pour lui qu’il ne fut pas né… » Et le prénom de l’incrédule n’est pas devenu, comme celui du traître, synonyme de malédiction ; un interdit… Au contraire, il est devenu un des prénoms chrétiens le plus porté. À juste titre.

Pour autant, est-ce une bonne chose de ne croire que ce que l’on voit ?

Beaucoup se réclament de ce principe, devenu le dicton d’une sagesse pragmatique et avisée envers les engagements et les promesses des hommes… On peut le comprendre. Et même l’approuver. Comme on peut comprendre ce responsable politique qui, s’entendant annoncer la prochaine mise au point d’un vaccin contre le CoVid-19, répond : « Si je le vois, j’y croirai ». Mais alors, Thomas serait-il le modèle d’une sage incrédulité, d’une réaliste prudence ?

 

Attendons un peu pour répondre, et revenons à la révélation… Et puisque Thomas n’est pas un maudit, faisons l’effort de nous mettre à sa place. Et pour cela, de faire abstraction de notre foi, de l’évidence en nous que Christ est ressuscité. Je sais, j’en demande beaucoup, et cela peut même sembler déplacé, mais essayons quand même…

Thomas a vu son Seigneur crucifié. Mis à mort et enseveli. Traqué par les autorités juives, il s’est alors confiné avec ses frères, mais il est sorti un instant, peut-être visiter d’autres frères. Car Thomas est courageux. Jean rapporte que lorsque les sœurs de Lazare appelèrent Jésus auprès de leur frère malade, tous les disciples dissuadèrent Jésus de s’y rendre, à cause de la menace qui l’attendait en Judée. Tous, sauf Thomas, qui dit : « Allons, nous aussi, afin de mourir avec lui. »   Jn 11.1-16

Thomas est courageux, rempli de zèle. Il n’a pas craint de quitter le confinement, malgré le risque. Et lorsqu’il revient, ses frères lui disent : « Nous avons vu le Seigneur ! » Le Seigneur, que tu as vu mort et enterré, nous l’avons vu vivant…

Sincèrement, comment aurions-nous réagi à sa place ? Nous serions-nous écriés : Ah bon ! Quelle bonne nouvelle ! Comme c’est magnifique !..? Je vous laisse répondre…

De par mon ministère pastoral, je vis fréquemment une telle situation, lors des cultes d’obsèques. Lorsque j’annonce la vie éternelle du défunt, par le miracle de sa foi en Jésus-Christ ; lorsque j’annonce que l’amour de Dieu est en lui vainqueur de sa mort… Je vois alors le scepticisme sur le visage d’un certain nombre d’auditeurs ; je vois aussi parfois l’interpellation, le désir d’y croire, encouragé par l’affection qu’ils portaient au défunt, mais un désir réfréné par la chair… Par son refus d’entendre cela.

Faut-il leur en vouloir ? Bien sûr que non. Pas plus que Jésus n’en a voulu à Thomas.

Thomas auquel les autres disciples ne reprochent pas, non plus, son incrédulité. Eux non plus, et ils s’en souviennent, n’avaient pas cru Marie-Madeleine lorsqu’elle est venue leur dire qu’elle avait vu le Seigneur… Une femme, abusée bien sûr par ses émotions ! Et s’ils disent comme elle maintenant, envers Thomas, c’est parce qu’eux aussi ont vu le Seigneur ! Alors ils se mettent à la place de leur frère, auquel ils n’adressent aucun reproche, aucune vaine exhortation.

C’est peut-être cela, le vrai respect : comprendre, plutôt que juger, exiger…

 

Alors nous-mêmes, que pouvons-nous comprendre de l’incrédulité puis de la foi de Thomas ? Que nous enseigne ce récit, à nous qui nous espérons fidèles ?

Premièrement et avant tout, il nous enseigne que notre foi en Jésus-Christ ressuscité, c’est-à-dire la foi en notre résurrection, en notre mort vaincue en Jésus-Christ, n’est aucunement quelque chose que nous aurions pourrions décider, approuver par nous-mêmes, mais que cette foi est et ne peut être que le don de Dieu. Notre foi en Christ ressuscité est la souveraine décision de Dieu envers nous ; elle est le miracle de Dieu, l’irruption de son salut dans l’enfermement de notre péché.

C’est là le principal enseignement que nous recevons de Thomas, et c’est pourquoi il est un modèle de foi : comme Thomas, nous croyons en Jésus-Christ ressuscité parce que Jésus-Christ ressuscité s’est révélé à nous. Notre foi n’est pas notre fait ni le fait d’autres hommes, mais le fait de Dieu, seul. Nul ne peut croire que Jésus-Christ est ressuscité, si Dieu ne lui-même ne l’en convainc, et plus encore : si Dieu lui-même n’en est, en lui, la conviction. « Nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur ! si ce n’est pas le Saint-Esprit », témoigne Paul.  1Co 12.3

Mais ce n’est pas tout : en enseignant ainsi ce qu’est la foi, ce récit enseigne ce que ne doit pas être le témoignage de la foi. Car si personne ne peut décider de croire, personne ne pourra, au nom de Jésus-Christ, exhorter quiconque à croire, et moins encore l’exiger de lui. Les frères confinés de Thomas lui ont-ils dit : « Tu devrais croire », ou : « Il faut que tu croies à ce que nous te témoignons ? » ou encore : « Tu te porterais mieux si tu croyais » ? Non. Absolument pas. De même, si nous avons la foi, et l’envie certainement de la partager, veillons à ne jamais le faire sur le mode de l’injonction, avec des « tu devrais » ou des « il faut que »… Seul le Seigneur peut  dire, à qui il veut : « Ne sois pas incrédule, mais crois. »

En revanche, comme l’ont fait les disciples, n’hésitons pas à exprimer franchement, directement, ce en quoi nous croyons, ce qui est le cœur de notre foi : que Jésus-Christ est ressuscité, et que sa résurrection signifie notre mort vaincue, notre vie délivrée de de la mort, par la foi, pour la vie éternelle ! Nous ne ferons aucun mal à personne en affirmant cela, car c’est ce que tous les cœurs aspirent à entendre, même s’ils ne peuvent pas le croire, à cause du péché que Dieu seul peut enlever…

Ne craignons pas d’offrir ouvertement cette Bonne Nouvelle de la résurrection en Jésus-Christ ; Bonne Nouvelle à laquelle, d’ailleurs, nous avons cru nous-mêmes parce que nous avons vu le ressuscité… Non pas de nos yeux, mais en notre cœur, en notre esprit ; parce qu’un jour, par la foi, par les yeux de la foi, nous avons vu qu’elle est la vérité !

Alors, si quelqu’un répond à ce témoignage : « Si je ne le vois pas, je ne le croirai pas », épargnons-lui tout reproche et prions plutôt pour lui ; recommandons-le à la révélation du ressuscité, qui saura selon sa volonté se montrer à son cœur, lui montrer ses blessures, lui montrer qu’il a souffert et qu’il est mort pour lui, afin de le délivrer, de le ressusciter avec lui…

De même que la foi de Thomas n’était pas l’affaire de ses frères, mais du seul Seigneur, la foi d’autrui n’est pas notre affaire, mais celle du Seigneur. Le Seigneur qui, cependant, compte sur notre témoignage, pour qu’il suscite la question, l’appel… L’appel, car « Je le croirai si je le vois », c’est bien souvent une façon de dire : « J’ai envie de le croire, mais je ne le peux pas… » Nous pouvons appeler à se tourner vers Jésus-Christ, à le questionner et l’écouter, mais nous ne pouvons pas appeler à croire en lui. Cela appartient à la souveraineté de Dieu.

Il n’y a donc pas de mécréant en Jésus-Christ ; il n’y a que des hommes et des femmes auxquels le Seigneur ne s’est pas encore révélé. Alors, comme les disciples envers Thomas, ne jugeons pas, ne faisons pas de reproches, mais témoignons et prions.

 

Il est important de bien comprendre les paroles du Seigneur à Thomas ; de bien comprendre que, contre la domination de la mort qui n’épargne personne, nous recevons de Jésus, face à Thomas, non pas une impossible injonction à croire en la vie éternelle et à n’en jamais douter, mais au contraire l’encouragement à en appeler au Seigneur lui-même, à demander au Ressuscité de se manifester, de nous montrer ses blessures, de nous montrer les marques de sa miséricorde, de nous montrer qu’il a subi notre péché et notre mort, jusqu’au bout, et qu’il en a été vainqueur pour nous, dans notre chair. Et même s’il ne nous montre pas cela par les yeux de la tête, comme à Thomas et aux dix autres disciples confinés, le Seigneur nous le montrera par les yeux de la foi, et ce n’est assurément pas moins lumineux ! Car le regard de la foi voit bien plus que la réalité : il voit la vérité. La vision de la foi n’est pas arrêtée par la mort, mais elle contemple le salut, la promesse accomplie, la mort vraiment franchie, vaincue, quelle que soit aujourd’hui encore son emprise et sa virulence contre les hommes, et tout particulièrement contre ceux qui annoncent sa défaite, au nom du Ressuscité.

« Si ton œil est en bon état, enseigne Jésus, tout ton corps sera illuminé ; mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres… »  L’œil en bon état, l’œil qui voit en vérité, c’est l’œil de la foi. L’œil qui voit, non plus la fatalité de la mort, mais la vie éternelle. Les yeux de la foi, c’est en nous le regard de Jésus sur le monde.     Mt 5.22-23

C’est par les yeux de la foi que Saul de Tarse reçut sur le chemin de Damas la vision du ressuscité, de sa gloire, que ceux qui l’accompagnaient ne voyaient pas de leurs yeux. Tout ce que Paul accomplit par la suite, au nom de Jésus-Christ, il ne l’accomplit pas en vertu de sa propre décision de croire, mais de la décision de Dieu, de la libération de Dieu, habité du regard de Dieu sur les hommes…   Actes 9.1-8

« Ne soit pas incrédule, mais crois » n’est donc pas, ne peut pas être une injonction adressée par Jésus à Thomas… Qui pourrait croire parce qu’il faut croire ? Qui pourrait ne pas douter parce qu’il ne faut pas douter ? Y a-t-il un seul chrétien qui ait décidé de croire sans voir, parce qu’il le faut ou parce que c’est convenable ? Y a-t-il un seul chrétien qui soit chrétien sans que Jésus-Christ se soit personnellement révélé à lui, lui ait personnellement montré sa victoire et insufflé la libération ? Non, bien sûr. « Ne sois pas incrédule, mais crois » n’est pas un ordre, auquel nul ne pourrait obéir, mais c’est un don, le don souverain de la foi à celui que Dieu veut sauver. « Ne sois pas incrédule, mais crois », c’est de la part de Dieu un acte de grâce, de pardon, de libération, et de la part du Ressuscité une parole d’autorité, par laquelle il accomplit en Thomas le miracle de la foi et du salut, par le miracle de sa révélation.

C’est par cette même autorité que Jésus a dit au paralytique : « Lève-toi et marche » ; et au lépreux : « Je le veux, sois pur » ; et à l’aveugle : « Recouvre la vue » ; et à la tempête : « Silence, tais-toi »… La même autorité par laquelle il se révèle et donne la foi à tous ceux et toutes celles qu’il appelle à lui, qu’il appelle au salut, en tous temps de ce monde, depuis sa venue et jusqu’à son retour, jusqu’à la fin de la mort. Thomas n’a pas cru pour obéir à Jésus, mais parce que Jésus, d’autorité, lui a donné la foi, la joie au lieu de la peur, le salut au lieu de la mort.

 Alors Thomas, comme ses frères auparavant, comme tous les chrétiens depuis, exprime le miracle de son salut en confessant la foi reçue, en confessant le Seigneur ressuscité, en annonçant le Dieu sauveur… C’est pour cela que nos frères catholiques appellent Thomas « Saint Thomas » ; non pas parce qu’il voulait voir pour croire, mais parce qu’il s’est écrié : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Grâce à Dieu, le salut n’est pas une récompense…

 

 « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! », dit alors Jésus. Heureux ceux qui croient en la vie éternelle, même s’ils voient et subissent la mort.

Cette parole non plus n’est pas et ne peut pas être de la part du Seigneur une injonction à croire en lui, en sa résurrection. En vérité, elle est le contraire de cela, elle est une promesse envers tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que Dieu les appellera, comme il nous a appelés nous-mêmes, comme il a ouvert en nous les yeux de la foi.  Comme les autres « béatitudes » prononcées par Jésus sur la montagne , elle annonce le don de Dieu, et en aucun cas ne formule une exigence, pour cette seule raison qu’il ne peut en être autrement conformément à l’Évangile, à la Bonne Nouvelle, non pas de l’exigence, mais du don de Dieu.     (Mt 5.3-12 ; « beatus » signifie « heureux »)

« Heureux ceux qui croient en la résurrection » n’est pas un commandement – que nul ne pourrait satisfaire – mais c’est de la part du Seigneur l’annonce du salut accompli pour tous ceux qui recevront, comme Thomas, la révélation de sa victoire, la révélation à laquelle ne peut résister aucune incrédulité. « Croire sans avoir vu », croire par les yeux de la foi, ce n’est pour personne – chrétien ou pas – un devoir, mais c’est pour tous la puissance de Dieu, que l’incrédulité de Thomas nous encourage nous-mêmes à solliciter du Seigneur, lorsque la mort nous prend pour cible, nous accable, nous confine dans la peur et le désespoir. À cause de la mort, Thomas ne pouvait plus croire en son Seigneur, cependant, il le désirait de tout son cœur… Et Jésus a répondu à son appel, comme il répondra aussi à tous ceux qui feront appel à lui parce qu’ils désirent croire en la vie, malgré la mort. Il viendra ouvrir en eux les yeux de la foi, offrir la certitude de ce qu’ils espèrent : il viendra libérer en eux la joie de vivre au lieu de la peur de mourir. Heureux ceux qui voient la mort mais qui croient en la vie éternelle, par le don de Jésus-Christ !    Actes 2.39

Beaucoup de chrétiens aujourd’hui accablés par la persécution islamiste témoignent recevoir du Seigneur le secours de sa révélation, comme Thomas l’a reçu, pour demeurer dans la foi malgré l’épreuve. Ils témoignent avoir vu et même touché le ressuscité. Ils témoignent avoir ainsi reçu de lui la force de croire encore, de croire qu’aucune violence, aucune furie de la mort ne peut les séparer de l’amour de Dieu vainqueur pour eux en Jésus-Christ ; la force et la joie de demeurer, malgré l’épreuve, fidèles au témoignage de l’Évangile. La force d’appeler à la repentance plutôt que de se venger. De même, de nombreux musulmans, eux-aussi meurtris par la violence commise au nom du dieu pourtant miséricordieux qu’ils confessent, en appellent à lui et témoignent recevoir, eux aussi, la vision du ressuscité, du pardon de Dieu qui ressuscite. Thomas est pour tous les chrétiens l’encouragement à faire appel au Seigneur, lorsque le monde persécute leur foi et leur inflige le doute. Dieu connaît l’exigence de la mission qu’il nous confie, il sait face à quel adversaire il nous envoie. Il n’y a pas à hésiter à appeler le secours du Ressuscité.

La révélation à Thomas est une promesse pour tous ceux qui, dans l’ombre de la mort, font appel au Dieu de Jésus-Christ ; tous ceux-là recevront en réponse la vision par la foi du Ressuscité, la vision de leur salut.

Alors… Est-ce ou non une bonne chose, de ne croire que ce que l’on voit ? Et Thomas est-il le modèle de l’incrédulité raisonnable ? Non. Il est le modèle de l’impossibilité de croire, si ce n’est par le Seigneur ; et quant à ne croire que ce que l’on voit, ce n’est ni bien ni mal, c’est simplement ce à quoi le péché contraint les hommes, sans la foi, sans le Ressuscité. C’est le réalisme de la mort, qui ne doit susciter de notre part aucun jugement, mais au contraire le témoignage bienveillant de la foi, du réalisme de la foi. La foi qui a vu le Ressuscité.

 

Et le monde a grandement besoin du réalisme de la foi, de ceux qui croient sans avoir vu, de ceux qui croient qu’ils espèrent, et qui s’engagent en ce qu’ils espèrent. Pourquoi ?

Parce que le réalisme de la foi, le réalisme en Jésus-Christ, c’est la liberté et le pouvoir d’annoncer le salut, le règne éternel de l’amour, malgré toutes les portes verrouillées que le péché – c’est-à-dire le rejet et l’ignorance de Dieu – et la mort imposent encore à l’existence humaine. Pour tous ceux qui ont reçu la révélation du ressuscité, le réalisme consiste à annoncer la vie et à s’engager pour la vie, malgré la mort, parce que la vérité en eux n’est plus la mort mais le salut de Dieu. Face aux obstacles et aux violences qui s’opposent à la vie, le réalisme en Jésus-Christ voit les obstacles franchis et les violences apaisées, parce que Jésus-Christ est ressuscité et parce qu’en lui nous avons part à l’infinie possibilité de l’amour.

Pour le réalisme de la foi, il n’y a plus de fatalités ; il n’y a que des possibilités, qui se résument en la vie éternelle. Le réalisme en Jésus-Christ ne consiste pas à faire avec les limites et les contraintes naturelles, telles les épidémies, mais à chercher et trouver le moyen de les résoudre, de les franchir, parce que Jésus-Christ a franchi la mort et parce que sa victoire dynamise intérieurement ceux qui croient en lui, ceux qui marchent à son écoute. En Jésus-Christ, le réalisme est soumis à la foi, à l’assurance de ce que l’on espère, à la démonstration de ce qu’on ne voit pas.  En Jésus-Christ, il n’y a plus de porte verrouillée, plus de confinement dans la peur, mais il y a la liberté glorieuse des enfants de Dieu.  Hb 11.1, Ro 8.21

Entendons-nous bien : la foi en Jésus-Christ ne consiste en aucun cas à nier la réalité, mais à soumettre la réalité à la vérité ; la vérité qui est la vie éternelle. Le réalisme de la foi ne craint pas de regarder les réalités en face ; au contraire, il est la possibilité de regarder vraiment les réalités en face, de faire face à la réalité des obstacles, des fléaux que le monde sans Dieu oppose à la vie. Pourquoi ? Parce que le réalisme de la foi considère ces obstacles selon l’espérance, selon l’assurance qu’ils peuvent être et qu’ils seront franchis et surmontés, comme Jésus-Christ a franchi et surmonté à Pâques l’obstacle absolu de la mort, et parce que sa victoire est la nôtre, par la foi. C’est pourquoi le réalisme de la foi est la liberté d’agir au lieu de se soumettre ; la possibilité de s’occuper du monde au lieu de le subir.   1Co 15.57

Comment celui qui croit ce qu’il voit pourrait-il « changer les choses », faire évoluer quelque réalité que ce soit en faveur de la condition humaine ? Comment même pourrait-il seulement le vouloir, en concevoir la possibilité ? Les visionnaires, penseurs, inventeurs, scientifiques, artistes, entrepreneurs, croient-ils en ce qu’ils voient ou en ce qu’ils espèrent ? Et en vertu de quoi espèrent-ils, si ce n’est en vertu de la foi, au moyen des yeux de la foi ? Si ce n’est parce que le Ressuscité les emmène au-delà de toute contrainte, impossibilité, soumission, résignation, condamnation..?

Le don de la foi ouvre en nous les limites de ce que le monde appelle notre condition naturelle – qui est en fait notre condition de pécheur, soumise à la mort – vers la possibilité d’une condition véritablement humaine, déterminée non plus par le monde, mais par l’amour qui a créé et sauvé le monde. Tous les enjeux de libération dans le monde, et en particulier cette épidémie Covid-19, n’ont pas besoin de ceux qui croient en ce qu’ils voient et s’y soumettent avec fatalisme, mais de ceux qui cherchent les solutions qu’ils ne voient pas encore, par l’assurance de ce qu’ils espèrent ; de ceux qui placent l’espérance avant l’évidence, ceux qui font de l’espérance leur évidence, parce que Jésus-Christ est ressuscité, parce qu’il a vaincu la mort dans notre chair, parce qu’en lui toute libération est déjà accomplie.

Il n’y a aucun progrès possible pour la condition humaine s’il n’y a pas ceux qui marchent par la foi et non par la vue, ceux qui voient le monde selon le salut accompli en Jésus-Christ. Il n’y a aucune libération possible pour les hommes s’ils ne peuvent que se lamenter des menaces et des violences de la mort, et tenter désespérément de s’en dissimuler, comme les disciples confinés par la peur. Il n’y a aucun progrès, aucune libération possibles pour quiconque, si ce n’est par Jésus-Christ ressuscité, si ce n’est par celui qui a souffert ce que nous subissons pour nous en délivrer, si ce n’est pas la foi en son règne, où la mort ne sera plus et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, quand bien même nous ne le voyons pas encore.     Ap 21.4

Oui, notre monde aujourd’hui confiné dans la peur du Covid-19 a grandement besoin d’hommes et de femmes qui croient en ce qu’ils espèrent, au-delà de toute évidence ; qui s’engagent pour surmonter ce fléau, au bénéfice de tous, par la foi qu’il est déjà surmonté, éradiqué, en Jésus ressuscité. S’est-il montré à nous, comme à Thomas ? Alors nous ne serons pas de ceux qui se lamentent ou qui accusent, mais de ceux qui agissent, de ceux qui cherchent et qui trouvent, parce qu’ils en ont reçu la liberté.  Mt 7.7

Nous avons entendu annoncer que le Christ est ressuscité de notre mort… Nous ne l’avons pas vu de nos yeux, mais cependant, nous le voyons, par la foi… Nous le voyons à l’œuvre, avec nous ; nous le voyons en chaque personne qui renaît à l’espérance parce qu’elle reçoit de Lui le pardon au lieu du jugement, la fraternité au lieu de l’indifférence, la libération au lieu d’une porte verrouillée… Nous le voyons en tous ceux qui se lèvent et s’engagent pour défendre la vie de leur prochain, malgré leur propre mort… Nous le voyons, par son Esprit qui dit en nous : Réjouis-toi avec moi ! Tu étais mort, et te voici revenu à la vie.    Luc 15.32

 

Chantons au Ressuscité combien nous avons besoin de lui  !

https://www.youtube.com/watch?v=wulYklGv2Do

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En  ce premier jour de la semaine, et pour ces jours à venir, prions pour

Notre monde éprouvé, apeuré, endeuillé ; que les cœurs se tournent vers celui qui est le libérateur, la solution à tous les fléaux du malin, à toutes les douleurs qu’il inflige

Notre témoignage ; que le Ressuscité soutienne notre foi et notre espérance ; qu’il nous aide à être des hommes et des femmes qui, face à l’épreuve, voient le salut ; qui cherchent, trouvent et partagent les solutions, par la liberté de la foi

Notre Église, notre Fraternité ; que dans ce temps de séparation de corps, l’Esprit de Dieu renforce notre unité dans la foi et dans la mission que le Seigneur nous a confiée ; qu’il ravive en chacun de nous la joie d’être son disciple

Les artisans, commerçants, entrepreneurs contraints à l’arrêt d’activité et sous la menace d’une faillite, ainsi que leurs salariés ; que l’Esprit de solidarité anime notre société, et fasse du relèvement des uns la volonté de tous

Notre gouvernement et tous les gouvernements du monde, dans l’immense responsabilité qui est la leur aujourd’hui, et particulièrement dans la difficile et sensible mise en œuvre du déconfinement ; que l’Esprit de Dieu éclaire et soutienne leurs décisions, qu’elles puissent être les meilleures possibles, les plus efficaces et les plus justes, et que nous puissions leur être le conseil et le soutien dont ils ont besoin ; qu’envers eux, comme envers tous, nous ne soyons pas de ceux qui accusent, mais de ceux qui s’engagent

Tous ceux qui, par leur profession, sont appelés dans cette épreuve à se dévouer pour le bien public ; que notre reconnaissance leur vienne en soutien

Tous ceux qui souffrent pour toutes autres raisons que le Covid-19 ; qu’ils ne soient pas oubliés, délaissés ; en particulier, les personnes et familles confrontées à des situations de handicap, à des violences intra-familiales, à des accidents de la vie,

Les pays aujourd’hui menacés dépourvus d’équipements sanitaires proportionnés à la menace, particulièrement en Afrique,

Prions que Ressuscité suscite entre tous la solidarité qu’il nous a lui-même manifestée, jusqu’au bout. Afin que ceux qui sont seuls, démunis, tous ceux qui ont besoin d’assistance, ne souffrent pas davantage encore de cette situation,

Et ne nous relâchons pas à concrétiser notre prière, tous ces jours à venir, en exprimant le lien et la vigilance fraternels entre nous et envers les personnes et situations que le Seigneur nous confie…

Le Seigneur a soufflé sur nous son Esprit, afin qu’avec lui nous fassions le bien qu’il a fait pour nous ; afin qu’avec lui nous puissions prier, en Esprit et en vérité :

Notre Père qui es aux cieux…

Et complétons notre prière en mettant à part l’offrande de nos biens, afin qu’ils servent l’annonce du salut de Dieu, le partage de notre libération à tous ceux qui n’ont pas d’espérance !

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Comme le péché a régné avec la mort, maintenant la grâce règne par la justice, pour la vie éternelle, par Jésus-Christ notre Seigneur !   Ro 5.21

Quels jours heureux désormais !

Le Seigneur a lavé nos péchés, et avec lui nous combattons et nous prions, dans sa victoire !

Allons ensemble dans la fraternité du Ressuscité et dans l’enthousiasme de son Esprit,

qui proclame en nous : Alléluia ! Christ est vainqueur ! Chantons à sa gloire !

https://www.youtube.com/watch?v=olQrCfkvbGw

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